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Maine Océan

DIMANCHE 14 NOVEMBRE 2021
18:30 – SALLE HENRI LANGLOIS
Séance présentée par Luis Rego et Bernard Menez


Jacques Rozier
France | 1986 | 131 min | DCP | Version restaurée 4K

Avec Bernard Menez, Luis Rego, Yves Afonso, Lydia Feld

Dejanira, une danseuse brésilienne, prend un train en gare Montparnasse sans composter son billet. Lorsqu’elle est confrontée à deux contrôleurs pointilleux, une avocate intervient et se propose comme interprète.


 

Film restauré en 4K à partir des négatifs image et son par A17 (Jacques Rozier) et la Cinémathèque française avec le soutien du CNC et en collaboration avec l’Institut audiovisuel de Monaco, la Cinémathèque suisse et Extérieur Nuit.

 


 

“Pour ceux qui l’ignoreraient encore, ceci est un chef-d’œuvre.
Maine Océan est un film fleuve, une tour de Babel (au bout d’une heure, on comprend toutes les langues pratiquées dans le film sans qu’elles soient jamais sous-titrées). Maine Océan transforme, le temps d’un film, des gens simples en héros tragicomiques d’une odyssée drolatique, filme la désillusion de ceux qui n’ont pas intégré la règle du jeu, puis les raccompagne, une fois défaits, sur la grève, parce qu’on n’abandonne pas un personnage vaincu au milieu de nulle part. Maine Océan célèbre les vertus des personnages contre le scénario, celle des êtres humains contre leur métier, des acteurs contre la “direction d’acteurs” (c’est pour cela que Bernard Ménez est le plus grand acteur de sa génération après Jean-Pierre Léaud, qu’Yves Afonso, dans un état qu’on croirait second, trouve dans Marcel Petitgas le plus grand rôle de sa carrière)…Voilà pourquoi Maine Océan est un chef-d’oeuvre, pourquoi nous l’aimons, pourquoi, depuis 1986, nous ne compostons plus nos billets de train sans que nous viennent en tête ce message crypté : Chtongalagare.”
Jean Baptiste Morain
Les Inrocks

“Ainsi , les spectateurs marseillais auront-ils pu vérifier, () sur pièces filmées, que non seulement, comme l’avait dit FrançoisTruffaut jadis, Rozier était le seul capable de prolonger un plan là où d’autres auraient déjà coupé, mais qu’il savait aussi couper bien avant le moment où les autres auraient laissé filer.
Belle leçon en était donnée avec la projection de Maine Océan :
ce qui fait la poignante mélancolie de la fin, où un contrôleur SNCF à cheval sur le règlement va rejoindre son poste et ses horaires stricts après une folle nuit où il a pu rêver de gloire au music-hall, c’est la longueur de plans enchaînés, la caméra suivant de loin l’homme à la valise qui a peur de manquer sa gare. Pataugeant sur le sable humide de la plage à marée basse où l’ont laissé des marins pêcheurs goguenards ne comprenant pas son angoisse, il n’est plus qu’un insecte pataud, agitant bras et pattes de fourmi pressé de retrouver la fourmilière.
Mais à l’inverse, un plan très court, pris d’un bateau quittant le port aura donné l’impression que les maisons glissaient au bord de l’eau, comme appelées par elle. Plus long, le plan aurait été banal : combien en a-ton vu de ces rivages s’estompant lentement sous les yeux des voyageurs !Mais là, la brièveté même de la vision ne laisse pas au spectateur le temps de retrouver ses réflexes. Ce qu’il voit, ce sont des maisons qui se mettent à bouger.
Seuls les grands cinéastes savent ainsi maîtriser le temps, l’obliger à dire ce qu’ils veulent lui faire dire. Et comme Rozier ne fait pas étalage de cette maîtrise, laissant au spectateur le soin de jubiler en même temps que lui de ses trouvailles.”

Emile Breton

A propos de la projection de Maine Océan Marseille Nov 2018 « 20 ans d’Extérieur Nuit: « Tout Rozier »